Il y a pile un an, j’ai décidé de faire enfin ce que j’attendais depuis des années : postuler pour un programme international à Walt Disney World en Floride. C’était le premier pas pour vivre une expérience inoubliable dans un pays dont je rêvais depuis toujours, et surtout dans l’entreprise la plus cool du monde ; celle qui a su créer du rêve et de la magie chez probablement 90% des enfants du monde depuis près d’un siècle. Si ma candidature était acceptée, alors j’aurais l’incroyable opportunité de participer à cette magie, mais aussi de vivre une expérience unique à l’étranger, me faire des amis venant du monde entier, découvrir de nouvelles choses, pratiquer mon anglais, etc.

Étrangement, par rapport aux autres années (d’après ce que j’avais vu sur internet), les résultats avaient l’air de tomber assez tard. Deux mois après avoir postulé, je n’avais aucune nouvelle. Je commençais à perdre espoir. Le mois de janvier, je regardais presque tous les jours si des nouvelles arrivaient, jusqu’à en conclure que je j’allais passer mon été chez moi, tout simplement. Pas grave, je m’étais fait à l’idée.

C’est le 22 février que mes émotions ont commencé à s’emballer. Car oui, un soir, alors que je ne m’y attendais absolument pas, je reçûs un mail de Disney.

La réaction normale aurait été de sauter de joie et acheter un billet de train dans la seconde. Évidemment, rien n’était gagné, mais c’était une grosse étape de franchie. À la place, j’ai ressenti l’inverse. Des tas de pensées négatives ont commencé à arriver, tout simplement car cela n’était plus de l’ordre de l’hypothèse ou du rêve, mais c’était bel et bien la réalité. J’avais l’opportunité de réaliser un rêve. Mais un rêve, ça demande des efforts, et c’est là que cela devient difficile. Faire un aller-retour a Paris dans une semaine pour passer un entretien de 10 minutes que je ne suis même pas sûr de réussir ? Un peu irréaliste. Surtout que ce n’était pas vraiment comme cela que j’avais prévu de passer ma semaine. Malgré tout, on m’a poussé, et j’y suis allé.

Contrairement au ressenti que j’ai eu en sortant de l’entretien (pensées négatives, encore…) le résultat a été positif: deux semaines plus tard, j’apprends j’ai été sélectionné ! Ai-je réagis avec des sauts de joie ? Pas vraiment. Cela devenait de plus en plus réel, et j’ai commencé à me rendre compte de ce que tout cela impliquait. Partir, ça voulait dire investir une grosse somme d’argent que je n’étais même pas sûr de pouvoir rembourser, et cela commençait donc déjà par $350 dans la semaine suivant l’appui sur le bouton « accepter ». Après ça, il allait falloir payer l’assurance santé, le visa, l’avion… Ça impliquait aussi laisser ma copine, ma famille et mes amis pendant les deux meilleurs mois de l’année, pour partir seul au bout du monde. Ça impliquait me débrouiller seul dans un pays que je ne connais pas alors que je n’avais encore jamais de ma vie ne serait-ce que fait les courses, ni quitté le foyer familial pendant plus de deux semaines. Ça impliquait travailler plus de 40h par semaines pour peut-être ne pas avoir gagné un seul centime à la fin du programme. Ça impliquait vivre avec 5 inconnus alors que je suis l’exemple parfait de l’introversion. Et encore une fois, retourner à Paris pour un entretien de trois minutes pour mon visa. D’un coup, tout le côté expérimental, incroyable et magique de la chose avait disparu. Était-ce parce qu’il y avait vraiment autant de côtés négatifs, ou est-ce que j’avais juste peur ? Peur de sortir de ma zone de confort, de faire quelque chose dont je n’ai aucune garantie sur la finalité, et faire quelque chose d’imprévu. J’étais sur le point de refuser une opportunité incroyable parce que je voulais passer le même été que je passais tous les ans, tranquillement, sans prendre trop de risque.

J’avais trois jours pour faire un choix. Et après des nuits difficiles, avoir tenté de peser le pour et le contre, discuté, et subit la pression de ma mère qui voyait surtout une opportunité pour elle d’avoir des places gratuites à Disney World, j’ai accepté. Aujourd’hui, ce choix me semble évident. À l’époque, pas tant que ça. J’ai passé des mois a me remettre en question, à culpabiliser de partir seul, et voir mon argent disparaître petit-à-petit. L’organisation pour les papiers d’immigration n’était pas toujours très bonne, et ça a bien sûr provoqué pas mal de stress (par exemple, avant de recevoir mon visa, j’ai passé un entretien à l’ambassade à Paris deux semaines avant de partir, et c’était impossible de le faire avant.) Bref, avec du recul, tout cela ne semble être rien. Mais quand tu sais que ta vie va se transformer dans quelques semaines, ça effraie.

Aujourd’hui, février 2018, ça fait quatre mois que je suis rentré chez moi. Et j’en garde un des meilleurs souvenirs de ma vie. Je ne dis pas que c’était toujours facile : c’était beaucoup de travail, beaucoup de doutes, des manques… mais cela ne représente presque rien par rapport à ce que j’ai pu vivre. J’ai grandi, j’ai appris à prendre des décisions, me débrouiller toujours seul, mais j’ai aussi et surtout eu un travail incroyable dans un lieu l’étant encore plus, rencontré des personnes venant du monde entier que je n’oublierai jamais, vécu dans mon pays de coeur, voyagé et, tout simplement, réalisé un rêve. Si bien que quelques mois plus tard, je me demande encore si tout cela était vrai. Je sais que pour beaucoup, ça semble ridicule. Qui voudrait payer pour travailler ? Mais quand c’est un boulot que l’on aime, je ne suis pas sûr que l’on puisse vraiment parler de travail. Je ne ferais probablement pas ça toute ma vie, mais pour moi, être payé un SMIC pour rendre les gens heureux, les faire sourire, le tout dans un cadre qui m’a toujours fait rêver, j’avais de quoi être le plus heureux du monde. Enfin, ça reste une question de point de vue, mais je trouve ça plus kiffant de travailler à Monstropolis avec Bob Razowski qu’en costume cravate dans un bureau à remplir des dossiers toute la journée, même payé double.

Et pourtant, l’élément principal m’ayant permis de le faire, ce n’était pas l’argent, ni le talent, ni même la motivation. C’était le courage. Le courage de prendre des risques et de, peut-être, me compliquer la vie. Qu’est-ce qui semble le plus simple et confortable ? Passer un été semblable à celui que l’on vit depuis 18 ans, en restant à la maison tout en profitant du soleil, voir ses amis, peut-être partir une ou deux semaines quelque part… Ou dépenser toutes ses économies, prendre l’avion seul pour se rendre dans une ville que l’on ne connait pas, afin de travailler 45 heures par semaine dans un domaine où l’on a très peu de compétences, vivre à 6 dans un appartement ? Je ne dis absolument pas que j’ai réalisé un exploit, certains en font bien plus et pour des périodes bien plus longues. Non, ce que je dis, c’est qu’il faut du courage pour sortir de sa zone de confort.

Il faut du courage pour investir de l’argent dans un projet dont on ignore totalement s’il fonctionnera ou non. Il faut du courage pour quitter les gens qu’on aime et faire des études qui nous plaisent plutôt que les plus simples ou les plus logiques. Ou encore, il faut aussi du courage pour arrêter l’école, sortir de la norme, et faire ce que l’on avait toujours voulu faire. En fait, il faut du courage pour faire ce qui nous rend heureux. Bref : on a beau avoir toutes les ressources et toutes les opportunités que l’on souhaite, toute la motivation possible, si l’on n’a pas le courage qui va avec, on n’arrive à rien.

grab hold of your dreams
and make them come true
for you are the key to unlocking your own magic
now go, let your dreams guide you
reach out and find your happily ever after​

Réaliser ses rêves, ça peut faire peur. Changer de vie, ça effraie. Mais le résultat en vaut la peine. Un jour, Walt Disney a dit “All our dreams can come true, if we have the courage to pursue them.”* Rien à ajouter.

* “Tous nos rêves peuvent se réaliser, si on a le courage de les poursuivre

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4 comments

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Du courage ET de la volonté je dirai. Tu as eu la volonté de faire ce travail car tu te sentais courageux, puis tu as du trouver le courage pour faire ta volonté. Tu as vécu un de tes rêves, moi je salue ça! Tu es un exemple pour mal de jeunes. Ton article était très plaisant en tout cas l’ami 😉

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Thanks 😉 La volonté reste évidemment indispensable, mais je continue à penser que la peur peut tout de même très souvent la surpasser… et c’est à ce moment que le courage intervient.

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Bonjour, Arthur, déjà félicitations pour ton rêve accomplie et tes superbes vidéos que je regarde à chaque fois. Je voudrai savoir quelle programme a tu suivi exactement, quelle poste a tu eu, pour combien de temps et ou (Orlando?)? Merci de ta réponse et continue tes vidéos (qui devrai être plus fréquente 🙂

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Hello ! Désolé pour la longue réponse, et merci pour le commentaire. Donc pour info, j’ai fait le Cultural Exchange Program, qui dure deux mois et a lieu pendant l’été (de mi-juin à mi-aout). Il permet de travailler dans tout le complexe (parcs, hotels, parcs aquatiques…) et il est possible d’effectuer la majorité des positions, donc tu peux être dans les attractions, restaurants, fast foods, faire le ménage, les chambres… Pour ma part je travaillais aux attractions de Tomorrowland à Magic Kingdom.

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